Depuis début juillet 2026, une rumeur circule avec insistance dans plusieurs villes du Togo, notamment à Sokodé, Adétikopé, Lomé et Kara : des vidéos et publications virales affirment que des individus dotés de « pouvoirs occultes » feraient disparaître  les organes génitaux de leurs victimes par un simple contact une poignée de main, un frôlement dans la foule. Certaines publications évoquent même des femmes qui auraient perdu leurs seins de la même manière.

Une rumeur qui embrase les réseaux sociaux

Le phénomène a pris une ampleur suffisante pour que les autorités locales interviennent. Le 3 juillet 2026, le préfet de Tchaoudjo, Yendoukon Douti Tchimbiandja, a publié une note officielle démentant la rumeur à Sokodé, après que plusieurs personnes accusées à tort ont été prises à partie par la foule et n'ont dû leur salut qu'à l'intervention des forces de sécurité.

Face à la propagation du phénomène à l'échelle nationale, le ministre togolais de la Sécurité, le colonel Calixte Batossie Madjoulba, a publié un communiqué le 11 juillet 2026, appelant la population « au calme, à la retenue et à la responsabilité ». Le ministère y précise qu'à ce stade, aucune preuve ne confirme la réalité de ces disparitions, et que les enquêteurs travaillent en collaboration avec les autorités sanitaires.

Ce que disent les vérifications officielles

Plusieurs éléments ressortent des sources recoupées :

  • Aucune plainte officielle documentée ni aucun élément matériel ou médical n'est venu, à ce jour, étayer les allégations de disparition d'organes.
  • Les autorités attribuent la propagation du phénomène à l'amplification par les réseaux sociaux, en particulier TikTok, où des internautes et créateurs de contenu ont multiplié les appels à la « vigilance » sans apporter de preuve vérifiable.
  • Le ministère de la Sécurité a spécifiquement interpellé les jeunes de 16 à 35 ans, identifiés comme le principal relais numérique de ces publications, les invitant à vérifier une information avant de la partager.
  • Les autorités rappellent que la diffusion de fausses informations exposant des innocents à la vindicte populaire constitue une infraction pénale.

Un phénomène loin d'être nouveau

Ce qui frappe les chercheurs qui étudient ce type de rumeur, c'est sa récurrence historique en Afrique de l'Ouest et centrale. Des épisodes similaires ont déjà touché le Togo, mais aussi le Ghana, le Bénin, le Niger, le Cameroun et plus récemment la République démocratique du Congo. Le schéma est presque toujours identique : une personne affirme avoir été touchée par un inconnu, panique en découvrant (ou en croyant découvrir) que son sexe a disparu, accuse publiquement un suspect souvent un étranger à la localité et la foule s'en prend à lui.

Historiquement, ces paniques ont eu des conséquences dramatiques : en 1996-97, des ressortissants ghanéens ont été lynchés au Togo à la suite de ce type d'accusation, tandis que des Nigérians étaient visés au Cameroun. Plus récemment, en mars 2026, des violences similaires en République démocratique du Congo, dans la province du Lualaba, ont fait au moins six morts après que des habitants ont accusé plusieurs personnes de « vol mystique de sexe ».

À ce jour, aucune autorité togolaise ni aucun élément scientifique ne confirme la réalité des « vols de pénis » relayés sur les réseaux sociaux. Il s'agit d'un phénomène de panique sociale bien documenté, qui resurgit périodiquement dans la région depuis plusieurs décennies, et dont le principal danger réel n'est pas la sorcellerie elle-même, mais les violences de foule qu'elle peut déclencher contre des innocents. Le gouvernement togolais a fait de la vérification des faits et de la prudence sur les réseaux sociaux sa réponse principale à la crise.