Depuis le lundi 15 juin 2026, un groupe de diplômés en situation de handicap maintient un mouvement de protestation devant le Secrétariat général du gouvernement à Lomé. Leur revendication : une insertion professionnelle digne, à la hauteur de leurs qualifications. Ce sit-in rappelle au pays que le capital humain ne saurait se mesurer à l'aune de la validité physique.

Ils ont bravé la chaleur de la mi-juin pour faire entendre une voix que les institutions peinent souvent à percevoir. Depuis le lundi 15 juin 2026, des diplômés togolais en situation de handicap se sont mobilisés devant le Secrétariat général du gouvernement à Lomé. Leur message est simple, mais porteur d'une revendication fondamentale : le droit à l'insertion professionnelle, malgré ou plutôt indépendamment de leur handicap.

Des compétences reconnues, une intégration refusée

Ces manifestants ne contestent pas un résultat d'examen ni ne réclament une bourse : ils sont diplômés. Ce sont des femmes et des hommes ayant accompli un parcours académique souvent semé d'embûches supplémentaires, liées à l'inaccessibilité des infrastructures, à la rareté des outils pédagogiques adaptés ou à l'absence de dispositifs d'accompagnement spécifiques dans l'enseignement supérieur togolais.

Or, une fois leur diplôme en poche, c'est le mur de l'emploi qui se dresse. Les fonctions publiques et privées restent largement fermées aux personnes en situation de handicap, non par manque de compétences de ces dernières, mais par des pratiques de recrutement qui ne tiennent pas compte de leurs profils, et des environnements de travail qui n'ont pas été conçus pour les accueillir.

Un gouvernement interpellé, une loi à faire vivre

Le sit-in devant le Secrétariat général du gouvernement n'est pas un choix anodin. C'est au cœur de l'appareil administratif d'État que ces diplômés ont décidé de porter leur parole, signifiant que leur situation relève de la responsabilité directe des pouvoirs publics. Le Togo dispose de textes protégeant formellement les droits des personnes handicapées, mais leur application effective demeure insuffisante, selon les acteurs de la société civile.

Cette mobilisation intervient dans une semaine déjà marquée par la Semaine mondiale de l'action pour l'éducation, dont l'un des objectifs est précisément de promouvoir une éducation inclusive pour tous. Le contraste est saisissant entre les discours institutionnels sur l'inclusion et la réalité vécue par ces diplômés, contraints de manifester pour faire valoir des droits que la loi leur reconnaît déjà.

Un signal pour une société qui doit grandir

Ce sit-in est un miroir tendu à la société togolaise. Il invite à repenser la notion de mérite, souvent réduite à des critères de performance standardisés qui ignorent les conditions différenciées dans lesquelles chaque individu évolue. Intégrer les diplômés en situation de handicap dans le tissu économique n'est pas une faveur : c'est un impératif d'équité et, au fond, un investissement dans le capital humain du pays.

Au moment où le gouvernement affiche l'ambition de doubler le niveau de vie des Togolais d'ici 2040, cette protestation rappelle que nulle transformation économique ne saurait se construire en laissant sur le bord du chemin ceux dont les diplômes attestent de la capacité à y contribuer.