L'évacuation de plus de 11 000 marins bloqués depuis des mois dans le détroit d'Ormuz a débuté, signe tangible d'une décrispation du conflit entre l'Iran et les États-Unis. Mais à Téhéran comme en Suisse, où s'est achevée mardi une nouvelle ronde de négociations, l'avenir de ce verrou stratégique du commerce mondial de l'énergie reste l'un des principaux points de friction entre les deux capitales.

Une évacuation comme signal de dégel

L'évacuation des marins encore bloqués par la fermeture du détroit d'Ormuz a commencé, ce qui constitue un signe tangible d'un début de règlement du conflit au Moyen-Orient, même si plusieurs points d'achoppement subsistent entre l'Iran et les États-Unis, notamment sur le nucléaire iranien. Les deux pays avaient signé la semaine précédente un protocole d'accord prévoyant la réouverture du détroit, par lequel transite en temps normal un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. La PresseLa Presse

Lundi, le trafic maritime dans le passage a atteint son niveau le plus élevé depuis fin février, avec 37 navires de matières premières comptabilisés, selon la plateforme spécialisée Kpler. Le trafic reste toutefois loin de la normale : mardi en milieu d'après-midi, la même plateforme n'avait détecté que quatre franchissements du détroit par des navires de transport de matières premières dans la journée. La PresseFranceinfo

Sur les marchés, la détente reste perceptible. Trois jours plus tôt, trois superpétroliers battant pavillon saoudien, transportant six millions de barils de brut, avaient franchi le détroit, selon Reuters, tandis qu'un navire français chargé de gaz naturel liquéfié l'avait également traversé, d'après l'AFP. Le baril de Brent évoluait alors autour de 78 dollars et le WTI américain près de 75 dollars, se rapprochant de leurs niveaux d'avant-guerre, qui se situaient respectivement autour de 73 et 66 dollars fin février. Radio-CanadaRadio-Canada

Le sort du détroit, principal point de friction

Téhéran a répété mardi vouloir garder le contrôle sur le détroit d'Ormuz, au terme de la ronde de négociations engagée le week-end précédent en Suisse, le vice-président américain J.D. Vance jugeant que ces discussions avaient posé des bases solides pour un accord final. Washington a dans la foulée annoncé une suspension de deux mois des sanctions sur le pétrole iranien. Radio-CanadaRadio-Canada

Le négociateur iranien, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, a été clair sur ce dossier : il a réaffirmé que les conditions dans le détroit ne retourneraient pas à celles d'avant-guerre et que la voie resterait administrée par son pays. Le passage par Ormuz était pourtant libre de tout contrôle avant le déclenchement, le 28 février, de la guerre lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, mais Téhéran martèle que son administration de cette voie maritime est désormais acquise. Radio-CanadaRadio-Canada

L'équipe de négociateurs iraniens s'est par ailleurs rendue à Oman pour discuter précisément de la gestion future du détroit. Dans le même temps, l'Iran a indiqué avoir obtenu des Américains, en Suisse, le déblocage immédiat de 12 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés. Radio-CanadaRadio-Canada

Un passage vital pour l'économie mondiale

L'enjeu dépasse largement la sphère diplomatique. Avant la crise, environ 20 millions de barils de pétrole brut et de produits raffinés franchissaient chaque jour ce goulet de 38 kilomètres à son point le plus resserré, soit près d'un quart du brut mondial transporté par mer. L'Asie en recevait 44 %, contre seulement 4 % pour l'Europe. Regards ActuelsRegards Actuels

Selon l'Agence internationale de l'énergie, le pétrole transitant par Ormuz provenait principalement de cinq pays : l'Arabie saoudite, l'Irak, les Émirats arabes unis, l'Iran et le Koweït. La fermeture du détroit, qualifiée de plus importante perturbation de l'approvisionnement énergétique depuis le choc pétrolier des années 1970, avait fait grimper le Brent au-delà de 100 dollars le baril dès le 8 mars, jusqu'à un pic de 126 dollars au plus fort de la crise. Connaissance des ÉnergiesWikipedia

Le Qatar est particulièrement exposé : 19 % du gaz naturel liquéfié mondial transitait par Ormuz en 2025, dont 93 % en provenance de l'émirat, qui perdait ainsi sa seule voie d'exportation lors du blocage. Le Bangladesh, le Pakistan et l'Inde importaient quant à eux près des deux tiers de leur GNL via ce passage. WARMWARM

Le Liban, talon d'Achille de l'accord

La fragilité de l'apaisement tient aussi à un autre front. Le détroit avait d'ailleurs été refermé le 18 juin, trois jours seulement après sa réouverture, en représailles à des frappes israéliennes meurtrières au Liban, alors même que sa réouverture constituait l'un des points clés du protocole d'entente signé entre Washington et Téhéran. Le commandement central de l'armée iranienne avait alors averti que cette mesure répondait à une violation des engagements de l'ennemi et que d'autres mesures seraient mises en œuvre si l'agression se poursuivait. Radio-CanadaRadio-Canada

Sur le front libanais, de premiers tirs israéliens menés depuis le sud du pays ont fait deux morts mardi selon les autorités libanaises, Israël affirmant avoir visé des combattants armés. Le conflit déclenché début mars par le Hezbollah pro-iranien a, depuis, fait plus de 4 100 morts selon les autorités libanaises, et le mouvement chiite a dénoncé une violation flagrante du cessez-le-feu, réclamant un retrait total et calendrié des forces israéliennes encore présentes dans le sud du pays. La PresseLa Presse

Vers un accord final ?

Les consultations, sous la médiation du Pakistan et du Qatar, doivent désormais se poursuivre pour tenter d'aboutir à un accord final dans un délai de 60 jours renouvelables. Selon le vice-président américain, Téhéran aurait par ailleurs accepté de réinviter les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique, ce que l'Iran n'a pas confirmé de son côté. La PresseRadio-Canada

Reste que la question du contrôle d'Ormuz, considéré comme la veine jugulaire de l'approvisionnement énergétique de l'Asie, pourrait continuer de peser sur la suite des pourparlers, Téhéran ayant clairement indiqué qu'elle entendait en faire un levier durable de son rapport de force avec Washington.