Le Togo vient d'annoncer une réduction spectaculaire des frais d'installation exigés des compagnies aériennes souhaitant opérer sur son territoire. Le coût d'obtention des autorisations d'exploitation passe de 200 millions FCFA à 3,5 millions FCFA, soit une baisse de plus de 90%. L'annonce a été faite en marge de la première réunion du Comité de supervision économique du transport aérien de la CEDEAO (ECATEOC), tenue à Lomé les 2 et 3 juillet (source: republicoftogo.com).
Une directive présidentielle assumée
C'est le directeur général de l'Agence nationale de l'aviation civile (ANAC), Idrissou Ahabou Abdou, qui a présenté la mesure aux journalistes. Il l'a explicitement rattachée à une instruction du Président du Conseil Faure Gnassingbé, champion désigné par l'Union africaine pour le Marché unique du transport aérien africain (SAATM) (source: Togo First). Selon lui, l'objectif est simple : plus de compagnies présentes signifie plus de concurrence, et donc, à terme, des billets moins chers pour les voyageurs.
Un réseau déjà installé, un pari sur l'écosystème
Lomé ne part pas de zéro. La ville est le hub d'ASKY Airlines, compagnie panafricaine dont l'État togolais est actionnaire aux côtés d'Ethiopian Airlines, et dessert une vingtaine de destinations africaines depuis l'aéroport international Gnassingbé Eyadéma. S'y ajoutent les liaisons d'Air France, Ethiopian Airlines, Royal Air Maroc, Air Côte d'Ivoire et Brussels Airlines (source: republicoftogo.com).
Mais dans le transport aérien, les frais d'entrée ne représentent qu'une fraction des coûts d'exploitation d'une compagnie. Ce qui décide réellement de l'ouverture d'une ligne, c'est le calcul économique : trafic potentiel, carburant, équipages, maintenance, redevances aéroportuaires. En Afrique, où la plupart des compagnies opèrent à l'équilibre, les transporteurs privilégient généralement le renforcement de leurs réseaux rentables existants plutôt que l'ouverture de routes incertaines. Aucune compagnie n'a, à ce jour, annoncé d'intérêt officiel pour une nouvelle desserte depuis Lomé.
Une pièce d'un puzzle régional plus large
La mesure togolaise s'inscrit dans un mouvement plus vaste porté par la CEDEAO. Lors de leur sommet d'Abuja en décembre 2024, les chefs d'État de la région s'étaient engagés à supprimer certaines taxes aériennes et à réduire d'au moins 25% les redevances passagers et de sûreté, des réformes entrées en vigueur le 1er janvier 2026 (source: Togo First).
Le constat de départ est sévère : selon la CEDEAO, un passager ouest-africain peut être soumis à jusqu'à 66 taxes et redevances différentes, et une compagnie doit s'acquitter de plus de 100 frais pour opérer un vol. Le ministre togolais des Transports, Komlan Kadjé, a cité des chiffres présentés lors de discussions de l'Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA) : les taxes et redevances sur un départ international atteignent en moyenne 92 dollars en Afrique de l'Ouest, contre 66 dollars pour l'Afrique dans son ensemble et environ 32 dollars en Europe et au Moyen-Orient (source: Togo First).
Selon les experts parlementaires de la CEDEAO, une application intégrale de ces réformes pourrait réduire les tarifs aériens d'environ 40% et faire progresser le trafic de 20 à 30%. L'application reste toutefois inégale : certains États ont déjà commencé, d'autres non, d'où la création de l'ECATEOC, chargé de suivre la mise en œuvre et de remettre des rapports d'étape aux chefs d'État fin juillet puis en décembre (source: Togo First).
Un signal, pas encore une transformation
Pour Lomé, la démarche confirme une ambition de longue date : s'imposer comme hub aérien régional. Mais le ministre Kadjé a lui-même reconnu que ces choix ont un coût budgétaire, plusieurs États dont le Togo tirant une partie de leurs recettes de ces taxes aujourd'hui supprimées ou réduites (source: Togo First). La baisse des frais d'installation envoie donc un signal positif, mais elle ne suffira pas seule à faire venir de nouvelles compagnies : il faudra aussi des redevances aéroportuaires compétitives, un carburant accessible et surtout une demande de passagers suffisante pour convaincre un directeur réseau d'inscrire Lomé à son programme.